S02E05 – Du travail 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by Sciences humaines et sociales

Je vais vous faire un confidence.
J’ai managé un tout petit co-working artisanal lorsque nos grands bureaux du Faubourg Saint Honoré à Paris se sont retrouvés trop grands pour nous. C’était alors le lancement du mouvement en France. Vers 2013.

Et récemment lors de ma dernière startup web, alors que notre produit venait de sortir, et qu’on entrait dans une intense période de rencontres et de déploiement sur le terrain, j’ai pris le parti de ne plus avoir de bureau fixe, et toute l’équipe a suivi. Du coup j’ai testé au moins les deux tiers des co-working de Paris.
J’en ai vu plein, des plus classiques au plus insolites, un cloitre en plein Paris, un resto qui accueillait les startupeurs entre le service du midi et celui du soir, et tant d’autres !

Chacun avec une identité, des avantages et des inconvénients bien évidemment.

J’avais déjà un peu mieux découvert ce nouveau mode d’occupation des lieux de travail lorsque j’ai eu le plaisir d’interviewer en 2014 certains des pionniers français, tel Antoine van den Broek qui a créé avec ses frères la Mutinerie à Paris qui dans le perche, ou encore Clément Alteresco fondateur de Bureau à Partager, pour la co-rédaction de mon ouvrage prospectif sur les nouveaux mondes du travail paru en 2017.
Certains, à Nantes, tous regroupés dans le quartier des Olivettes, s’étaient même proclamés République Démocratique des Olivettes

Derrière cette alternative au bureau traditionnel il y a parfois au départ une envie de faire différemment, de penser le travail et les rapports humains autrement. Un petit goût de révolutions parfois même… !

Il y a bien entendu parfois la nécessité de partager des coûts, mais souvent il y a plus.

Oh vous allez me dire ça n’est pas nouveau de travailler autrement.

Le travail à distance, ou remote working, est fréquent aux États-Unis, depuis longtemps.

Mais tout de même on sent que les logiques liées à ce qu’on appelle souvent l’économie collaborative, ce mode de partage de l’utilisation des ressources, et les nouveaux outils de communication semblent sacrément avoir boosté l’envie et la faisabilité de travailler à distance.

Le responsable du College of Architecture de l’Université d’Oxford me disait lors de la rédaction de mon ouvrage que les bureaux du 21ème siècle ressembleraient plus dans leur agencement aux guildes d’artisans du 16ème siècle qu’aux bureaux bien ordonnés et un peu déshumanisés parfois qu’on a connu au 20ème siècle.

Tant de révolutions en préparation, hologramme, réalité virtuelle et augmentée, feront passer les conf. call téléphoniques pour la préhistoire du travail très bientôt.

Cela va permettre aussi à certains de partir vivre dans le pays de leur rêve, et de rester aussi connectés et aussi efficaces, si ce n’est plus, que vissé à leur bureau à 30 ou 45 mns de leur domicile.

Cette nouvelle espèce existe déjà en réalité. Née de l’exemple des développeurs informatiques qui n’avaient besoin pour travailler que d’un ordinateur portable et d’une connexion, elle est encore un peu pionnière mais elle croit vite et englobe de plus en plus de métiers : on les appelle souvent les « digital nomads » (ou nomades numériques en québécois).

Alors je ne sais pas, vous, mais moi je m’interroge !

Si demain tous les collaborateurs des entreprises travaillent de chez eux, au café, dans une république indépendante, au soleil en Asie, ou ailleurs, à quoi cela sert-il encore d’avoir des grandes tours pour héberger des milliers de personnes au même endroit dans un siège social qui deviendrait désert ?
Et si on change tout le temps de lieu aura-t-on encore des collègues pour boire le café le lundi matin et se raconter les tous et les riens du weekend ?

Tous les secteurs sont-ils compatibles avec ces nouvelles façons de concevoir le travailler-ensemble ?

Et les métiers qui nécessitent plus qu’un ordinateur, les métiers de l’artisanat, les ateliers qui fleurent bons, la passion et la colle vont-ils disparaître ?

Et les grandes usines dans tout ça ? Même traitement ?

David Melki