S01E08 – De l’argent 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by Économie et Gestion

Est-ce que vous vous souvenez du Pascal, les amis ? Vous savez le gros billet de 500 francs. D’ailleurs, on ne disait pas un billet de 500 francs, on disait souvent un Pascal. Vous vous souvenez ?!
Moi, curieux, cela m’avait amené à rechercher qui était ce Pascal la première fois que j’avais vu son visage nonchalamment accoudé, comme pour dire « tu me veux hein ? » sur un bout de papier.
J’étais jeune…
En réalité, j’ai alors découvert qu’à travers les âges, les grandes figures historiques, politiques, militaires ou religieuses, avaient marqué leur règne, et leur présence, d’une pièce ou d’un billet à leur effigie.
C’est même devenu un élément clef pour dater les migrations et les présences de peuplades ou de civilisations, ou pour valider des commerces entre elles pour les spécialistes, historiens et archéologues.
Bref battre monnaie semble être tout sauf anecdotique à bien y réfléchir.
C’est un symbole régalien fort.
D’ailleurs abandonner le franc au profit de l’euro n’a pas été si simple que la logique l’aurait voulu si vous vous souvenez bien … On était attaché !
Imaginez la disparition du dollar un peu, le fameux billet vert !
Et puis c’est un acte social d’abord le troc, puis parce qu’on ne peut pas toujours tout troquer simplement, on utilise un objet neutre dans lequel on y met de la confiance, d’abord des coquillages, puis plein d’autres choses.
C’est une extension de la confiance en celui qui vous l’a donné, qui l’a créé. C’est un instrument de dialogue, un dialogue non verbal peut être mais un dialogue tout de même.

Aujourd’hui tout change, on parle de cartes de crédit ou de débit co-brandées, on parle de payer avec son téléphone, on parle de nuage financier, on parle de tiers de confiance électronique, on parle de monnaie qui ne repose sur aucun fondement lié à la confiance de son créateur, tel le bitcoin dont on a déjà parlé dans une précédente émission.

Et en même temps on voit fleurir un peu partout des monnaies dites locales, par essence complémentaires pour l’instant, qui n’ont de valeur que sur un territoire bien identifié, entre des partenaires sociaux et économiques bien localisés.
On voit également refleurir le troc, de compétences surtout en l’occurrence, qui recrée du lien social, tel, pour en citer juste un, les « repair-cafés » où une vieille dame va aller faire réparer son téléviseur à obsolescence programmée intégrée par un jeune bidouilleur virtuose du fer à souder et ainsi, l’air de rien, créer du lien social.

Alors vous je ne sais pas, mais moi je m’interroge.
Si la tête d’un Clovis sur une pièce en or est in fine remplacée par le gros logo d’une grande enseigne de crédit, d’un loueur d’appartements ou d’une compagnie aérienne sur un bout de plastique, n’est-ce pas un le symbole que quelque chose a changé entre le politique, le régalien, et l’économique ?
Si on peut créer des monnaies seul et leur donner tous les attributs a priori d’une monnaie tel que l’euro ou le dollar, sans pour autant posséder une armée ou un stock d’or caché qui garantissent qu’elles ne sont pas du vent, une lubie passagère.
Si on peut payer son addition en frappant son téléphone d’un petit coup sur une machine chargée de recevoir la somme.
Bref, si d’un côté on a l’impression, au final, que la monnaie, le cash, l’argent liquide, devient de plus en plus abstrait, de moins en moins palpable, et qu’en même temps on voit de plus en plus de gens recréer des mécanismes issus de cet échange monétaire, mais qui recréent du lien social perdu autrement, à travers le troc ou les monnaies qui recouvrent un sens perdu, une réalité matérielle et concrète, n’y a-t-il pas quelque chose de pourri au royaume du billet vert ?

David Melki