S01E09 – De la photographie 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by | Arts et Littératures

Je vais vous faire une confidence, j’adore la photographie. La prendre autant que la regarder d’ailleurs…

Je viens d’une famille où l’histoire se relit au prisme des clichés pris de tout temps. C’est un peu une fenêtre ouverte sur le passé, sur les situations figées et qui prennent vie l’espace d’un instant.

Oh, ce n’est pas toujours très intéressant mais au moins ça pose une image sur un souvenir, le sien ou celui d’un proche.

J’ai retrouvé récemment des photos inconnues de moi où j’y vois des parents un peu plus jeunes que je ne le suis aujourd’hui. Je me dis : qui étaient-ils alors, comment aurais-je réagi si je les avais rencontrés ainsi, aujourd’hui. Serait-on devenu amis ?

Oui la photo a cette capacité à créer des rêveries de ce type.

La photographie marque un moment, une histoire. Elle est la trame de mille scenarii possibles.

Elle a permis à l’homme commun d’accéder à une forme d’immortalité. Il n’était dès lors plus nécessaire d’être riche et puissant, riche aristocrate, florentin, vénitien ou flamand, et de demander à un Léonard de Vinci ou à un Michel Ange, contre forte rémunération, de vous peindre pour la postérité, pour l’éternité.

La photo au départ ça démocratise un peu l’éternité.

Mais quand même ! Il faut s’y connaître, maitriser la mise au point, l’exposition, la notion de sensibilité de son film. Et puis on ne voit pas ce qu’on prend !

Alors que je suis allé à Pékin en 1998, j’ai pris des photos de quartiers extrêmement typiques du centre-ville qui n’existent plus aujourd’hui, rasés pour les besoins des jeux olympiques. De vraies images d’Épinal, mais bon j’en ai loupé la moitié. Mais l’autre moitié me procure encore de vives émotions. C’était le jeu.

Et puis les appareils numériques. Les petits dans la poche. On fait encore attention à la façon dont on fait sa photo, sa compo, ces petites bêtes ne pardonnent pas encore tout. Mais déjà on se rend compte qu’on peut en faire à loisir, autant qu’on veut. C’est nouveau, ça donne un peu le vertige. On en imprime un peu moins déjà, on choisit, on sélectionne avant d’aller chez le copy service du coin. Les temps changent…

Et puis l’arrivée des smartphones, le graal de la photo kleenex !

On en fait plein, on en a plein la mémoire, on en imprime de moins en moins. Et en même temps les selfies, Instagram et consort. Les photos n’ont jamais été aussi présentes dans notre quotidien qu’en ce moment, on en voit des tonnes, tous les jours, tout le temps !

J’ai même commandé, pour le tester, un petit appareil que je vais pouvoir brancher sur mon appareil photo et qui, grâce à l’intelligence artificielle, va pouvoir faire les plus belles photos possibles, quelles que soient les conditions de prise de vue, je n’aurai plus rien à faire si ce n’est poser mon appareil face au sujet, et attendre d’avoir la photo parfaite.

Alors vous je ne sais pas, mais moi je m’interroge.

Si on n’a jamais autant fait de photo mais qu’on leur donne souvent si peu de sens, si on n’a jamais eu autant les moyens de faire des photos, partout ; sans pour autant plus y attacher la moindre importance. Si tout le monde devient un hyper producteur et un hyper consommateur de photos, pourquoi encore en faire ? Et les professionnels, ceux qui vivent de leur art, où sont-ils dans cette marée de pixels ?

David Melki