S02E02 – De la musique 2.0 : les faits par Sébastien

by Techniques et Technologies

Petit clin d’œil pour commencer, j’ai préparé cette introduction en écoutant en streaming sur iTunes un morceau d’un groupe qui s’appelait « Safri Duo » et qu’à une certaine époque j’écoutais sous la forme d’un MP3 téléchargé illégalement sur des plateformes qui pullulaient sur la toile. Revenons donc sur quelques chiffres assez symptomatiques d’un marché qui s’est énormément transformé depuis maintenant presque 20 ans. En 2002, l’industrie du disque a connu une crise sans précédent en France, crise qui a commencé deux ans plus tôt dans d’autres pays du monde, aux États-Unis en particulier. Pourquoi 2002, tout simplement l’arrivée dans les foyers de l’ADSL, le fameux internet à haut débit qui démocratise le téléchargement illégal sur les plateformes telles que Napster (créé en 1999 et qui aura eu son coup de grâce en 2002) ou encore eMule qui a pris le relais de Napster en 2002, sans compter sur les sites de Warez qui fleurissaient partout sur le web dans ces mêmes périodes.

En 2008, on estimait déjà que le marché du disque avait été divisé par 2 par rapport à 2002 aux alentours de 606 millions d’euros, plus qu’un soubresaut il s’agissait changement profond de paradigme. Toujours en 2008, la musique en streaming, en téléchargement légal ou sur téléphone a rapporté 76 millions d’euros. En 2009, l’IFPI, la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique dans des études séparées portant sur 16 pays, indiquait que 95% de la musique au format numérique était d’origine piratée. Plus récemment en revanche, depuis juin 2015 pour être plus précis, le nombre mensuel d’écoutes en streaming a été multiplié par 3,6. Le chiffre d’affaires global sur le premier semestre 2018 est de 256 millions d’euros, selon le Snep, qui regroupe notamment les trois “majors” du secteur (Universal, Warner et Sony). Deux tiers de ce chiffre a été réalisé par l’industrie du streaming et seulement 91 millions d’euros sur le support physique.

Au moment de la crise de l’industrie du disque, celle-ci ne s’était remise en cause que sur le support musical passant du vinyle, à la cassette puis au CD, tout en maintenant les niveaux de prix et de marge équivalents quel que soit ce support. Et puis du jour au lendemain apparaît Napster qui fait par ailleurs exploser un support numérique de la musique que l’industrie elle-même n’avait pas exploité : le MP3. Pour rappel, le MP3 est une technologie qui date de 1993 et qui a pu être démocratisée grâce à Napster et Winamp le player musical que tout bon musicologue fan de téléchargement devait posséder pour lire les fichiers MP3 sur son ordinateur.

Personnellement, j’ai vécu cette révolution en direct du Québec au tout début de l’année 2000, lors de mon stage de fin d’étude dans un pays dans lequel le standard de la connexion internet était le câble avec un niveau de débit déjà à l’époque bien supérieur à ce que l’on a connu en France avec l’arrivée de l’ADSL 64k. Pendant tout mon stage j’ai découvert avec mes collègues, Napster qui était en train d’exploser sur le marché et aussi la puissance des communautés virtuelles proposant des milliers et des milliers de morceaux gratuitement. Depuis, je me suis assagi et j’utilise les plateformes de streaming car elles ne coûtent pas grand-chose, elles rémunèrent la chaîne de production globale d’une œuvre musicale et elles sont compatibles facilement sur tous les appareils (smartphone, télévision, box, ordinateur ou tablette.)

Alors la question qu’on pourra peut-être se poser dans cet épisode est quel est l’avenir de l’industrie musicale ? On le voit le streaming prend une place prépondérante dans les habitudes de consommation de la musique avec un bémol qui est que les principales plateformes ne sont pas encore rentables, d’aucuns diront comme Amazon pendant des années ou encore Netflix sur le format vidéo, mais elles prennent des parts de marché significatives et peuvent laisser entrevoir d’autres formes d’interactions entre les auteurs et leur public, tout en réduisant le nombre d’intermédiaires. Certains artistes par exemple ont fait le pari de publier directement sur des plateformes de streaming leur dernière production sans passer par une maison de disque. Les promesses de la blockchain de faire disparaître de nombreux intermédiaires dans de nombreuses industries sont aussi valables dans le milieu de la musique. Bref, même si le secteur a été pas mal chahuté ces dernières années, il semblerait que cela ne soit pas fini et que les compagnies qui pensent avoir vu passer le plus gros de la tempête sont peut-être un peu trop hâtives dans leur vision des choses

Sébastien Bourguignon