S01E05 – Du tourisme 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by Sports et Loisirs

Je vais vous faire une confidence j’adore les voyages. Bon rien de très original vous allez me dire… les voyages, la musique sont les deux activités que l’on retrouve le plus lorsqu’on demande ses passions à quelqu’un.
Et derrière cette réalité on y met tous quelque chose d’assez différent les uns des autres.
Non moi, en fait, j’adore organiser les voyages, ceux des autres.
D’ailleurs c’était mon tout premier projet, au siècle passé, en 99 : une agence de voyage en ligne.
C’était nouveau.
Les gens passaient encore très majoritairement par une agence de voyage. Les surprises, bonnes et parfois mauvaises, étaient toujours au rendez-vous à l’arrivée en vacances.
Le lieu, la maison ou l’appartement, les gens locaux, les visites. Partir en vacances c’était souvent partir à l’aventure, à la découverte, d’une manière ou d’une autre.
Ho ! pas l’aventure hors des sentiers battus où là seule une poignée de personnes ; des baroudeurs, partaient faire ce hors-piste culturel, dignes héritiers des premiers hippies et des fondateurs du guide du routard.
L’industrie du tourisme était déjà en mutation….
Et puis Internet, Tripadvisor, la claque. Les personnes qui se refilent les bons ou mauvais plans, le sentiment un peu pionnier de découvrir et d’optimiser ses vacances, d’être un « insider » avant même d’être parti.
Les sites de voyages en ligne qui tout d’un coup vous permettent de comparer les prix sans passer des jours à écumer les agences de voyage et internet.
Et puis les compagnies dites low-cost, toujours plus accessibles, dont les prochains sièges seraient en fait des petits murets à ceintures contre lesquelles on s’adosserait en position quasi debout pour multiplier toujours plus le nombre de places dans les avions.
Et puis petit à petit la mondialisation, la surinformation, les nouveaux touristes issus des pays qui avant ne faisaient, en gros, qu’accueillir les touristes des pays riches.
Et puis les perches à selfies, la mise en scène de son voyage ou de sa nouvelle « condition sociale », et enfin Airbnb valorisé plus que Hilton et qui pourtant ne possède aucune chambre d’hôtel en propre, dans le mouvement de ce qu’on nomme l’économie dite de la fonctionnalité, l’augmentation des séjours de courte voire très courte durée, la multiplication des offres, leur diversité.
Et en même temps l’impression parfois diffuse que la mondialisation du tourisme rend les expériences de plus en plus formatées, presque aseptisées, où qu’on soit, qui qu’on soit, à coup d’avis négatifs et massifiés, donc mécaniquement moyennés.
Une société chinoise vous propose même, parce que malgré tout voyager n’est pas encore complètement gratuit, de mettre des lunettes de réalité virtuelle pour voyager à l’échelle temps 1 pour 1 avec un casque sur les yeux, dans votre salon.
Un pour un ca veut dire 8 h de lunettes pour le vol en avion, 1h pour le bus et le passage en douane à l’aéroport (un peu plus si nos touristes virtuels ont le bon goût d’atterrir dans un aéroport parisien).
L’expérience simulée ultime, tout pareil mais sans bouger de Shenzhen.

Alors vous je sais pas, mais moi je m’interroge.
S’il n’y a plus d’un côté les touristes et les gentils autochtones de l’autre, si tout le monde devient l’autochtone de l’autre dans un monde globalisé ou le dépaysement scénarisé se met en scène sur les sites de partage de photos et où 99% de ce qu’il y a à découvrir a déjà été vu au moins une fois, au soleil couchant sur un écran d’ordinateur ou de smartphone, c’est quoi le voyage de demain ?
Pourquoi allons-nous ou pas continuer à voyager, pourquoi allons-nous continuer à consacrer une partie parfois non négligeable de nos économies à cette dépense-là ?
Et l’autre ? lLe « local » voudra-t-il encore nous parler ? Comment allons-nous faire société s’il est occupé lui-même à voler en classe affaire vers Lima, une paire de lunettes de réalité virtuelle sur les yeux, dans le canapé de son salon ?

David Melki