S02E01 – Du cinéma 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by Techniques et Technologies

Il était une fois dans une galaxie lointaine, très très lointaine deux frères qui se rendirent compte qu’en faisant défiler très très vite des photographies, on pouvait reproduire les mouvements tel que l’œil les perçoit. Et les Lumière furent : le cinématographe était né !

Et puis Qui veut la peau de Roger Rabbit. Pour ceux qui se souviennent la première fois qu’un personnage totalement numérique devient un acteur à part entière.

C’est marrant, c’est fun.

Et puis les grands personnages bleus d’Avatar. Sans eux, tout simplement pas d’aventure, pas de film !

Et de plus en plus de productions où l’imagerie de synthèse vient compléter d’une manière ou d’une autre les acteurs, soit parce que les personnages figurés n’existent tout simplement pas : je croise assez rarement des gobelins de Gringott tels que figurés dans Harry Potter dans les rues de ma ville. Bon il faut dire aussi que je vais rarement à Londres.
Je croise également assez rarement des elfes tels qu’on peut les voir dans les deux trilogies du Seigneur des anneaux de Peter Jackson.

Là j’ai envie de dire que l’imagerie de synthèse a plutôt vocation à rendre réels, visuels, des films qui sans elle n’auraient pu soit exister, soit être aussi aboutis dans la narration visuelle. Dans ce cadre j’imagine qu’on peut parler de progrès de l’outil au service du narratif.

Ce qui m’a perturbé ce sont les dernières productions et entre autres les derniers Star Wars de l’ère Disney Studio. Là on a carrément des acteurs morts depuis 20 ans qui donnent la réplique à des acteurs vivants.

Par exemple Rogue One : A Star Wars Story fait revenir à l’écran un personnage emblématique du premier volet de la saga sortie en 1977. Sans le mentionner pour autant au casting du film. Il s’agit de Peter Cushing, acteur britannique qui incarnait le Grand Moff Tarkin, pourtant mort il y a plus de 20 ans… Avec un réalisme saisissant.

Même technique pour représenter Carrie Fisher jeune, dans une scène finale de Rogue One qui mime l’introduction de l’Épisode IV.

Pour certains, cette résurrection numérique est de très mauvais goût. Le journal Le Monde parle d’une «nécrophilie pourrie des développements technologiques les plus récents» qui «parfait le goût funèbre et mercantile de Rogue One».
Selon Libération , la Motion Capture fait même craindre pour l’avenir de la saga: «La recréation hallucinante, en images de synthèse, de deux personnages iconiques du film de 1977 (et de feu l’un des deux immenses acteurs qui les jouaient) porte à croire que ce bégaiement incontrôlable, mortifère au-delà du bon sens, ne fait que commencer.»

Alors vous je sais pas, mais moi je m’interroge énormément.

Si on peut littéralement faire revenir les acteurs d’entre les morts, à quoi peut-on s’attendre : Lino Ventura dans Un Taxi pour Tobrouk 2 ? Bruce Lee contre Jean-Claude Van-Damme dans  Bloodsport 2 ?

Et qui décide que l’image de synthèse possède le bon jeu d’acteur, celui que la vraie personne aurait eu de son vivant ?

Et puis à quel moment un contrat d’acteur inclut l’utilisation de son image post mortem ?
Bientôt un nouveau métier : agent d’acteur mort ?

Ne devrait-on pas laisser reposer en paix ceux qui sont partis et ont assumé leurs rôle ?

N’est-ce pas une forme de prise d’otage insupportable ?

Et demain quoi : un nouvel album totalement inédit de Michael Jackson non plus tiré de bande non exploitée mais totalement créées ex nihilo ?

Où doit s’arrêter le numérique dans un film ? Y a-t-il une frontière à définir ? Une industrie qui doit s’adapter à cette modernité et recréer ses propres règles ?

David Melki