S01E06 – Du repas 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by Sciences humaines et sociales

Je vais vous faire une confidence j’adore manger.
Bon, alors vous me direz que tu aimes ou pas t’as pas le choix David il faut manger pour vivre, littéralement. On n’y échappe pas vraiment malgré le rêve de certains de vouloir nous nourrir à coup de pilules parfaitement équilibrées en apports.
Certes ! Mais pour reprendre l’adage bien connu je serais plutôt pour ma part du côté de celles et ceux qui vivent pour manger !
Oh c’est sans doute l’hérédité puisque je suis d’une famille de grand traiteurs et pâtissiers normands, du coup l’inné sert l’acquis ici.
Mais quand même ! J’avoue sans honte que les plaisirs buccaux sont sur ma top-liste des plaisirs de la vie (oui il l’a fait…) et que mon entraineur sportif Rodolphe vous dirait que son principal ennemi, c’est bien ma gourmandise.
Alors la Food Porn est un terme, et là c’est une vraie confidence, dont je me souviens parfaitement la première fois que je l’ai entendu. Et ça remonte à pas mal d’années désormais. Et je l’avoue, la première fois que je l’ai entendu j’ai cru à cette cérémonie gustative japonaise un peu particulière – ou une femme dévêtue se retrouve recouverte de sushis et autres petites bouchées nippones !
Bien entendu vous l’avez compris je n’avais pas du tout saisi le concept !
Et même encore aujourd’hui je trouve l’expression un peu étrange.
Au départ l’expérience culinaire, chez soi, au restaurant ou ailleurs, sauf à se faire des petites blanquettes juste dans un coin pour soi, c’est un partage, une expérience vécue ensemble !
Alors finalement ça n’est pas illogique que de la partager.
Après c’est vrai que la question c’est peut-être à combien de personnes et à qui ? Je ne sais pas moi, mais bon au début c’est quand même un acte de partage, un acte empathique. Tu n’es pas avec moi à l’instant mais je pense à toi, tu es un peu ici avec nous, avec moi.
Maintenant c’est vrai que j’avais lu un article il y a quelques années qui disait en substance qu’un jour un chef étoilé a vu stupéfait un convive se mettre debout sur les chaises en tissu imitation empire pour avoir plus de recul sur la cassolette de queues d’écrevisses à l’époque où les focales des smartphones étaient encore, il faut bien l’avouer, un peu resserrées.
(Thanks God, Samsung, Apple, et consort ont depuis bien progressé sur ce point. Ouf ! Plus de traces de chaussures sur les tissus brodés.)
Depuis ce jour ledit chef a interdit purement et simplement les photos à ses tables, sous peine d’excommunication immédiate du temple gastronomique.

Alors, vous je sais pas, mais moi je m’interroge.
Existe-t-il une différence entre partager un moment de bonheur avec sa sœur, sa cousine et sa maman, et le publier à des inconnus et par centaines, milliers ou centaines de milliers.
L’intention de l’acte dans les deux situations est-elle la même ? Le résultat est-il le même ?  Et puis diner est une expérience, parfois mise en scène. Alors quel plaisir de déflorer ce plaisir-là ?

Les photos sont-elles toujours pour les autres ? Pas un peu pour soi quand même ? Et puis ces photos alimentent également les sites de recommandations touristiques dont nous parlions lors de notre dernière émission sur le tourisme. Google en tête désormais. C’est donc une source massive de trafic sur internet ? Donc potentiellement un business, non ?

David Melki