S01E06 – Du repas 2.0 : les chroniques de San Francisco par Barbara

by | Sciences humaines et sociales

A San Francisco on aime manger.
Dans cette ville qui abrite pas loin de 200 nationalités, pour la plupart venues participer à l’engouement technologique de la Sillicon Valley, la plus belle diversité est certainement culinaire !
Si le chemin de l’égalité H/F est encore long dans les cuisines comme dans les startups, la diversité des mets, de son côté, a réussi son challenge. Chaque cuisine du monde a su trouver sa place, tout en laissant une place à l’autre, et parfois même en fusionnant pour le plus grand bonheur des gourmets plus connus sous le nom des « Foodies » dans une version 2.0.

Et c’est peut-être de cette fusion réussie et merveilleuse dont nous devrions nous inspirer. Car que ce qui est beau dans la diversité c’est quand l’intelligence collective ne laisse aucune place à la bêtise et permet à des gens du monde entier de se réunir pour échanger leurs savoirs et leurs recettes afin d’éveiller les esprits et les papilles de chacun pour le bien de tous !

Alors oui je me réjouis de vivre dans cette belle ville de San Francisco aux mille couleurs et aux mille saveurs, et dans laquelle on y trouve une grande communauté de Foodies, c’est-à-dire des gourmets, des gastronomes, des gens qui aiment la nourriture fine et délicate.
Et là je vois bien, cette information vient perturber l’image que vous aviez de l’américain un peu geek qui mange des hamburgers en buvant du coca à longueur de journée !
Mais attention, San Francisco ce n’est pas les États-Unis. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on y trouve des chefs du monde entier parce qu’ici ce qui compte ce sont les papilles et non les papiers.

Et comme dans ce podcast on parle de #foodporn et que l’on rend hommage à une cuisine exquise délicate et poétique, je me dois de saluer la talentueuse Dominique Crenn, reconnue meilleure chef au monde, installée à San Francisco et dont la créativité des plats se passent bien de hashtags et aussi de téléphone portable à table.
Car il vaut mieux avoir les mains et l’esprit disponibles pour déguster cette merveille de la haute cuisine plutôt que de perdre 7 minutes à régler les filtres de son Instagram.

Il est vrai que parfois il est difficile de savoir si votre voisin a commandé son plat pour pouvoir le publier sur les réseaux sociaux avec le #hashtag le plus populaire de tous les temps car il ambitionne d’acquérir de nouveaux #followers ou pour le déguster tout simplement !
Je suis sûre que vous voyez très bien à quoi je fais référence. A ce fameux dîner où vous avez fini votre entrée avant que votre copain ait fini sa photo. Sentiment désagréable de dîner un peu seul mais bon si c’est pour l’aider à devenir plus populaire, pourquoi pas.

Car publier sa #food est un moyen sûr, pour les hyper connectés que nous sommes de maintenir un flux de publications et de se sentir aimer régulièrement.
Et en termes de stratégie d’acquisition de followers on sait que la régularité est très importante.
Ça tombe bien parce qu’à San Francisco on mange très régulièrement mais surtout très rarement chez soi ! Parce que vous comprenez on ne peut pas changer la face du monde et faire la cuisine. Ici on préfère donc contribuer à l’économie locale en allant au resto.

C’est ainsi que le geek de San Francisco, en plus d’être un « lève très tôt » est un « foodie » pouvant publier jusqu’à 7 fois par jour sur sa #food.
Mais attention comme le « foodie » est un pro des réseaux sociaux il multiplie  ses hashtags pour un impact plus fort. Il n’est donc pas rare de voir une vingtaine d’hashtags pour un seul jus de légumes #yummy #sogood #tasty #foodpassion #foodenergy #healthyfood, …

Dans tous ces hashtags liés à la « food » il y en un que j’aime beaucoup, c’est le #foodgasm.
Chaque fois que je le vois je ne peux pas m’empêcher de repenser à cette fameuse scène du film « Quand Harry rencontre Sally » dans lequel Meg Ryan y simule un orgasme en plein milieu d’un restaurant.
Cette scène est aussi la preuve qu’il ne faut pas croire ce que l’on voit. Et qu’il existe toujours un 2ème niveau de lecture.
Derrière le « techos foodie » de SF, il faut aussi voir l’individu stressé et pressé car même si ici on peut aller surfer ou courir à n’importe quelle heure de la journée, il ne faut surtout pas oublier de bosser comme un malade.

Et c’est justement de ce 2ème niveau de lecture, appelons le 2ème effet kiss kool, dont je voudrais parler.
Car n’oublions pas que derrière des millions de #hashtags Foodporn il y a toujours des millions de personnes qui meurent de faim.
Alors attention je ne vous dis pas d’arrêter de manger, ça ne servira pas à sauver ceux qui s’endorment de la faim pendant que d’autres s’empiffrent au point de ne pas pouvoir dormir. Mais je dis juste que ce serait bien de faire la différence entre « YouPorn » et « 50 nuances de gris ».
Qu’un peu de pudeur dans ce monde de brute nous ferait un bien fou.
Un jour quelqu’un a dit « I have a dream ».
Oui moi aussi Martin j’ai un rêve ! C’est que le narcissisme laisse la place à l’éducatif, la transmission de valeurs et le bons sens.
Je rêve que les réseaux sociaux ne promeuvent que les bonnes actions et les prouesses des héros du quotidien qui partout dans le monde œuvrent pour la paix, la défense de notre planète ou le bonheur des enfants.

Je rêve que le # foodporn devienne une sorte de label qui engage les citoyens à ne publier que ce qui émerveille nos papilles sans bousiller notre santé !

Mais bon, je sens bien que je m’emballe alors je vais plutôt aller demander à mon Intelligence Artificielle, Alexa d’Amazon (oui je sais c’est un peu ridicule mon Intelligence artificielle à un nom à particule) si elle peut me trouver une recette #foodporn de salade Gluten Free (GF) Vegan (V) et anti-oxydante ; le tout avec des ingrédients bio et fair trade.
Et promis, je la prendrai en photo et je ne me gênerai pas pour vous donner la liste de toutes les vitamines qu’elle contient soutenu par mon hashtag #intelligencefood pour dire, vous l’aurez compris,  que « manger malin » c’est possible.

Barbara Meyer