S02E02 – De la musique 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by Techniques et Technologies

Je vais vous faire une confidence.
Je n’ai pas acheté de disque depuis au moins un an.

Oh, pas que je n’écoute plus de musique ! Non en fait j’en écoute plus que jamais je pense. Tout le temps. Et le problème si tant est qu’il y en ait un, c’est que 80% de ce que j’écoute je serais incapable de vous donner l’auteur et l’album.

Il est loin le temps où j’allais aux puces à côté de Paris, chercher les derniers « bootlegs » hongrois de Metallica le dimanche fin 80/ début 90.

Je connaissais les morceaux, les albums.

Alors peut être que je vieillis et que ma mémoire flanche. Mais j’ai surtout l’impression que c’est ma manière de (pardon du vilain mot) « consommer » de la musique qui a changé.

J’ai eu le tout premier iPod, celui avec la roue qui tournait et ses 5 giga de stockage, je l’ai toujours, c’était quelque chose. Le MP3 a commencé à changer les choses : je devenais « collectionneur » de musique. Pas comme avant avec les 2000 albums durement amassés (« #achetés ») mais déjà à une autre échelle, un peu plus « industrielle ».

Les premiers quiz musicaux chez les potes mi 90. On passait d’un morceau à l’autre en quelque secondes dès qu‘on avait trouvé avec les premières notes parfois, déjà les choses avaient changé ! imaginez un quiz musical de ce type avec des vinyles ! T’as le temps de dormir !

Mais on maitrisait encore qui (les auteurs, les groupes). Et puis bien sûr iTunes Store et iTunes comme réceptacle numérique de cette quantité d’albums ou de singles mp3.

Mais ce qui a fini d’enfoncer le clou, pour moi, ce fût le streaming. Spotify en l’occurrence et désormais Qobuz (en ayant a peu près tout essayé entre les deux). Et, en plus, j’ai été longtemps Hifiste, vous savez le gars qui apprécie le fruité du medium d’une chaine, et sait reconnaître le changement d’un câble de modulation entre un lecteur CD et un ampli.

Alors le numérique parmi les hifistes c’était à la fois une aubaine et un sujet de débat sans fin entre vinyles, CD, ampli à tubes, MOSFET, classe A ou classe D ; ceux qui comprennent se marreront sans doute en écoutant ça. Débats SANS FIN.

Aujourd’hui j’écoute des listes faites pour moi par un algorithme qui sait mieux que moi quoi me faire écouter le lundi matin, J’écoute Pandora aux États-Unis qui possède un concept d’ADN musical qui catégorise chaque morceau selon ce séquençage et peut vous créer une radio personnalisée à nulle autre pareil.

J’utilise le logiciel ROON pour mes morceaux, un iTunes surboosté qui classe mes fichiers audio et fait de la curation et du classement de titres intelligents, encore (autrement dit du texte) et se met à « spotifier » ma propre bibliothèque numérique. Oui ! Parce que je ne vous ai pas dit mais j’ai numérisé il y a deux ans les 2000 albums CD dont je vous parlais ; ça m’a pris plus de 3 mois en intensif. Mais gain de place garanti à la maison !

Je résume : Bibliothèque musicale intelligente qui classe pour moi mes albums, radio qui fait défiler un flow de chansons parfait, abonnement qui me donne à manger des titres dont au final je ne connais plus les auteurs ni même dans quel contexte artistique s’inscrit le morceau que j’écoute. Et puis le « voice code », les plateformes telles que Soundcloud qui permettent à tant de talents d’être découverts, et au-delà toutes les révolutions de la production que je maitrise très mal et dont je laisserai le soin à nos experts de parler durant cette émission.

Alors je ne sais pas, vous, mais moi je m’interroge !

Si j’ai parfois l’impression d’avoir un choix infini, j’ai parfois également l’impression de perdre le contact direct avec ces trésors que j’ai chez moi, l’impression que j’y gagne clairement des choses, mais peut être aussi que j’y perds des choses.

Et puis le monde professionnel : si demain n’importe qui peut tenir n’importe quelle note en studio, où va résider le talent ? Dans l’artiste ou dans le développeur des logiciels d’assistance ?

David Melki