S01E10 – De la lecture 2.0 : les faits par Sébastien

by Arts et Littératures

Pour commencer, je vous propose de revenir rapidement sur le secteur du livre jeunesse. Selon une étude du cabinet GFK, il s’est vendu 80,7 millions de livres jeunesse en 2016 contre 76,6 millions en 2017 pour un chiffre d’affaires respectivement de 642 millions d’euros en 2016 et 606,4 millions d’euros en 2017. Les chiffres sont clairs, le secteur ne se porte pas très bien, même si une bonne partie de l’explication entre 2016 et 2017 est liée à certains cartons littéraires de 2016 comme « Le monde des sorciers » de J.K. Rowling  ou encore « VAIANA : La légende du bout du monde » de Disney.

Le livre jeunesse se décompose en trois grandes catégories : le documentaire et encyclopédie, l’éveil petite enfance et enfin la fiction jeunesse. Sachant que ce sont les livres d’éveil à la petite enfance qui représente la majeure partie des publications. Par ailleurs, il représente 16% des livres publiés en France et un livre papier sur cinq rentre dans cette catégorie. Un dernier chiffre intéressant, 31% des contrats cédés à l’international en 2016 étaient des contrats dans le secteur du livre jeunesse, il s’agit de la catégorie de publication qui s’exporte le mieux.

Lorsqu’on se penche sur l’édition numérique, toujours en 2016, les chiffres sont extrêmement faibles et matérialisent finalement un support de lecture pour le moment peu utilisé. Ainsi le chiffre d’affaires sur le numérique était de 3,6 millions d’euros, soit à peine 0,5% des ventes totales de livres jeunesses et 1,5 % du total des ventes numériques des éditeurs toute catégories confondues.

Si le numérique n’est pas encore démocratisé dans le secteur du livre jeunesse, le digital permet pourtant aux auteurs de pouvoir totalement se passer des éditeurs. Saviez-vous par exemple qu’il est possible sur Amazon de publier son propre livre en autoédition tout en laissant la plateforme de Jeff Bezos faire le job pour vous ? En gros, vous lui fournissez le manuscrit, ensuite il s’occupe de la distribution et gère l’impression à la demande ainsi que l’expédition ! D’autres sites comme par exemple Wattpad permettent à un auteur de publier son livre en format numérique protégé, un peu comme sur Kindle, mais avec la possibilité d’interagir avec le lecteur, et même que les lecteurs interagissent entre eux sur le livre qu’ils sont en train de lire.

Personnellement, mes enfants sont en plein dans l’apprentissage de la lecture, et même s’ils passent beaucoup de temps sur tablettes et smartphones, lorsqu’il s’agit de lire on en revient pour le moment encore au papier. Nous avons une quantité considérable de livres, beaucoup achetés par la famille pour les fêtes et anniversaires, qui nous laisse de quoi faire pour les accompagner dans l’acquisition de la lecture. Même sur les magazines spécialisés pour les enfants, nous sommes abonnés à certains mensuels que nous recevons là encore au format papier par la bonne vieille poste. Je vois par exemple mon fils de plus en plus se prendre un livre et s’installer dans sa chambre ou dans le salon pour lire tout seul. Maintenant, il faut être clair ce sont encore les écrans qui prennent le plus de place dans le quotidien de mes enfants. Et puis, lorsque je regarde comment l’école de mes enfants les confronte à la lecture, le numérique n’a pas sa place, tout se fait encore sur papier. Il y a fort à parier que si demain le lobbying des éditeurs fait son œuvre auprès de l’éducation nationale, et encore faut-il qu’ils en aient envie, les enfants, et donc les parents, changeront leurs habitudes pour se diriger plus vers le numérique pour la lecture. Même si j’ai le sentiment, en lien avec les échanges que j’ai avec les enseignantes de mes enfants, que le support d’un écran n’est pas du tout dans l’ère du temps dans les écoles.

Finalement, le secteur du livre jeunesse vit des périodes compliquées, et ce n’est pas prêt de s’arranger. Mais lorsqu’on regarde plus précisément, le digital reste encore un épiphénomène, les éditeurs et les auteurs étant plus certainement ceux pour qui la technologie apporte de nouveaux moyens de jouer l’un sans l’autre. Concernant nos chères têtes blondes, la vraie question est peut-être de savoir si le numérique prendra réellement un jour le pas sur le papier ?

Sébastien Bourguignon