S01E10 – De la lecture 2.0 : le fil de l’étonnement par David

by Arts et Littératures

« La connaissance s‘acquière par l’expérience, tout le reste c’est de l’information » disait Albert Einstein.
L’idée du sujet est née de l’emportement de notre chroniqueuse Coralie qui se plaignait l’autre jour que ses étudiants ne savaient manifestement pas comment était structuré un ouvrage et ne savaient apparemment pas à quoi servait un sommaire et une table des matières.
Moi je sais ! En bon quarantenaire, le livre fut le fondement du rapport au savoir.
J’avais besoin d’une information, je la cherchais dans un livre, que j’allais acheter ou commander chez un libraire, cette espèce formidable mais a priori en voie de disparition, intégrée dans la 6ème extinction de masse des espèces.
Moi la seule révolution que j’ai vécu sur ce plan c’est celle du livre électronique et de l’audiobook (ou livre audio en bon Français).
L’audiobook je l’écoute plutôt en vacances. Il me berce…
Mais quand même aussi confortable que cela soit je ne le substitue pas complètement à l’ouvrage papier.
Lorsque j’ai sorti mon premier ouvrage, ‘ Vers les nouveaux mondes du travail ‘, j’ai été soulagé lorsque mon éditeur a proposé d’imprimer d’abord la version papier.
On reste dans le monde du matériel, je pouvais l’offrir !
Vous m’auriez vu offrir un code d’accès vers un téléchargement à ma mère !
Non franchement ça n’a pas le même effet.
Alors quoi, on lit moins maintenant… ?
En fait non : a priori on ne lit même plus !
Et pourtant les jeunes générations n’ont jamais autant lu !
Elles lisent tout le temps, sur leur téléphone, leur tablette, leur ordinateur. À tel point qu’au lieu de faire ce qu’un quarantenaire et plus fait lorsqu’il veut joindre quelqu’un : à savoir l’appeler ; eux ils s’envoient des messages, qu’il faut bien lire…
Bref l’écrit semble très important, mais appréhendé selon des codes très différents des miens.
Pas de sommaire ou de table des matières, on a Google. Pas de notes de référence, Wikipédia est là pour cela.

Alors je ne sais pas vous mais moi qui ai été bercé dans le flot d’un récit structuré, un début, un milieu, et une fin, une pensée déroulée par un auteur qui a choisi de nous conter le récit ainsi, et bien le règne de l’hypertexte ça m’interroge….
Si demain le savoir se consomme sous forme d’information éparses, sortie d’un contexte, où est la place de celui qui nous embarque dans le récit de sa pensée ou de son imaginaire ? Où est la place du roman, où est la place du livre ? L’objet ?
L’odeur du papier, le gain de la trame des fibres, les pages translucides et précieuses d’un volume de la Pléiade desquelles un Fiodor Dostoïevski fait émerger l’univers torturé de ‘ Crime et Châtiment ‘, la couverture précieuse d’un objet plein de promesses ça se remplace par une tablette « Kobo » ou un « Kindle » ? Ne se rapproche-t-on pas un peu plus de l’expérience de la connaissance à travers un livre qu’en consommant le savoir pour n’en retirer in fine souvent que de l’information du coup ?

David Melki